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PHOTO: "Mali Roots" de Mehdi Nédellec

Dernière mise à jour : juil. 18

En février 2011, le photographe Mehdi Nédellec se rend au Mali. Il s'installe quelque temps dans un petit village proche de Debekurumba au nord de Nioro du Sahel , non loin de la frontière mauritanienne. D'abord, il observe respectueusement la vie quotidienne de ses habitants, s'intéresse à leurs habitudes, leurs activités, aux relations et aux échanges qui rythment l'existence d'une petite communauté rurale. Phase d'immersion. Il gagne peu à peu la confiance de la population et parvient à s'intégrer tout en expliquant l'objet de son voyage et sa démarche de photographe portraitiste.

De ce séjour Mehdi revient avec une série de portraits qui sont comme des fragments de vie de cette petite communauté.


Il s'agit de photos posées pour lesquelles le photographe a guidé la position du sujet dans un cadre et un décor à chaque fois différent. Hommes, femmes, enfants, adolescents, sont photographiés dans leur cadre habituel, devant leur maison, au travail, devant l'enclos du bétail, au marché, etc. Ils portent leurs vêtements de tous les jours, il n'y a rien de cérémoniel ni d'ostentatoire. Ils se prêtent au jeu d'une mise en situation dans un environnement connu et des plus banal à leurs yeux. Parfois ils fixent l'objectif . C'est cet échange de regards entre l'artiste et la personne qui est le véritable sujet de l'œuvre. Sans cette interaction, de telles photos n'existeraient pas ou n'auraient pas d'intérêt. Il faut bien évidemment du talent, une certaine technique et de l'intuition pour capter le moment précis où le sujet adopte une expression relativement neutre, le moment exact où il semble sur le point d'oublier qu'il est regardé. Ainsi ces personnes anonymes nous racontent leur vie dans leur expression: "Voici ce que je suis et où je vis".

C'est là que l'on pointe l'originalité des œuvres de Mehdi Nédellec qui vont à rebours de la photographie de studio où les sujets viennent se faire photographier tels qu'ils souhaitent être vus et non tels qu'ils sont.

Sur certains clichés, le sujet fixe son regard sur un point qui est extérieur au cadre, au-delà de la scène. Comme cette vieille femme assise devant un éventaire de marchandises posées à même le sol et qui dirige subtilement son regard vers le haut; c'est un regard qui la transporte vers un ailleurs, un futur proche qu'elle rêve plus heureux que son quotidien.

Ou encore sur ce cliché d'un jeune homme assis sur un banc sur un fond constitué d'un mur peint en bleu électrique: ici, l'artiste a demandé au sujet de détourner son regard pour rompre la connexion qu'il pourrait y avoir avec le spectateur. De ce fait, on s'intéresse davantage à ce que peut bien penser ce jeune homme, plus qu'au jeune homme lui-même. Ce regard hors-cadre introduit puissamment le concept d'incertitude. "Me voici, où je suis, aujourd'hui, mais demain que me réserve l'avenir ?"

Dans ses portraits maliens, Mehdi Nédellec a volontairement accentué sa palette chromatique pour faire ressortir ses sujets, parfois dans des décors foisonnant, parfois dans des ambiances plus sobres. Mais toujours, les couleurs de l'Afrique sont à l'honneur, ocre rouge, blanc cassé, vert impérial, jaune sable, bleu électrique, violet dansant…


Pour obtenir un tel résultat, Mehdi a réalisé ses prises de vue avec un Rolleiflex 6003, moyen format 6x6, équipé d'un film diapo Fuji 400 Iso. Le développement est réalisé en traitement croisé. L'incidence du traitement croisé étant que l'on obtient des couleurs plus saturées.

A noter qu'il est accompagné d'un assistant lumière. L'artiste a en effet composé ses portraits en choisissant d'utiliser un flash additionnel à ses prises de vue (strobistlight) afin d'accentuer les contrastes et la luminance, ce qui confère un degré d'authenticité maximal à son travail , et permet en outre d'éviter des corrections en post-production.


Jean-Michel NEHER

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