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PHOTO: Les nuits oranaises de Nora Zaïr

Mis à jour : 19 nov. 2020

Nora Zaïr, connue pour sa photographie documentaire et ses photographies de rue, produit aussi depuis quelques années d'exceptionnelles photographies nocturnes de sa ville, Oran. Dans ce cliché (Oran n°16) réalisé le 1er octobre 2017, on voit au premier plan la rue (Ex) Mirauchaux, au second plan le quartier de Miramar et en arrière plan au loin, la montagne du Murdjajo qui domine la ville avec l’édifice du fort et la chapelle Santa Cruz.



Proposition de lecture et décryptage: Nora témoigne dans cette œuvre d'une grande maîtrise technique: obturation lente pour obtenir le mouvement de la circulation des voitures et ouverture étroite pour une profondeur de champ maximale et nette . Les phares forment des lassos incandescents, des serpents de lave qui convergent vers le cœur de la ville, comme pour en alimenter son feu intérieur.

La ligne d'horizon reste nette elle-aussi , et le regard, qui part du bord inférieur gauche finit sa course sur le scintillement d'un phare sur la crête, peut-être le mausolée de Sidi Abdelqader El Djilali, à gauche de la silhouette de la basilique de Santa Cruz. On distingue aussi au loin la rade de Mers-el-Kebir. Les symbôles de l'histoire sont là. Dieux anciens et immuables, qui ont vu tous les malheurs d'Oran, et qui veillent . Tout y est: une composition pensée qui convie l'observateur à une traversée de nuit suivant une ligne de fuite qui provient de l'extérieur : les traînées des phares sont celles de voitures qui arrivent de l'est et entrent dans la ville. Ils guident le regard de haut en bas de l'image et invitent à une élévation dans la topographie urbaine. Le contraste entre les traînées douces d'un ciel crépusculaire et les lanières rougeoyantes des fouets qui cisaillent la base des immeubles au premier plan, produit un effet certain: le jour prend fin, le ciel s'éteint dans un calme repu, mais dans la ville, en bas, les hommes s'agitent, un brasier est ravivé.

Cette nuit oranaise de Nora Zaïr est une photo de ville nocturne parfaitement exécutée, certes, mais c'est surtout une exceptionnelle métaphore de cette combustion des passions qui s'opère la nuit tombée dans Wahran-El-Bahia !



Lauréate de la Cité Internationale des Arts en 2019, Nora Zaïr a réalisé un projet photographique à Paris qui a fait l'objet d'une exposition intitulée PARIS 5441 à l'Institut Français d'Oran dans le cadre de Journées de la Photographie 2020. On y trouve de nombreuses photos de nuit, en couleur, bien que, en fervente admiratrice de Doisneau et Cartier-Bresson, Nora envisageait au départ de travailler en noir et blanc.



Mais Nora revient toujours immanquablement vers SA ville, Wahran-el-Bahia (Oran la joyeuse). Plusieurs de ses photos seront exposées dans le cadre de l'exposition Afriques en Regards #1 à partir du 5 décembre 2020.


Les photos de Nora Zaïr, de différents formats, peuvent être commandés, achetés ou réservés via la galerie TransAfrik Art.


@norazaïr


JMN

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