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OEUVRE: Amanitou, reine noire de Méroé, inspire la révolution soudanaise

L'artiste soudanais Islam Zian Alabdeen s'est intéressé à différents aspects de la révolution soudanaise qui a conduit au départ d'Omar El Béchir en 2019 et aux manifestations monstres qui ont secoué Khartoum pendant plusieurs mois. Des marées humaines qui défilent, avec des femmes qui ont pris une place considérable et ont mené la révolte. Pour l'artiste, ces femmes évoquent les reines noires de Nubie; elles sont en quelque sorte les héritières des candaces ou kandakès (terme qui signifie "reine" chez les Koushites), les souveraines de Méroé, protectrices du royaume de Koush (situé dans le Sud de l'Egypte actuelle) à l'époque où tout le bassin méditerranéen est dominé par Rome (33 av.JC).


Ce sont ces reines, ces "pharaonnes", qui ont garanti l'indépendance du royaume, organisé leur pays et mené la guerre contre l'envahisseur tout en assurant la prospérité de la civilisation de Méroé jusqu'en 350 après JC. La reine Amanirénas fut la fondatrice de cette dynastie, célèbre pour s'être opposée à Rome. Sa fille Amanishakhoté qui lui succède sur le trône de Méroé enverra plus de 30000 hommes combattre les légions d'Auguste en Egypte. La notoriété et le prestige de ces reines noires dans l'Antiquité sont attestés par de nombreux récits (la fille d'Amanishakhoté, Amanitore est mentionnée dans la Bible-Acte des apôtres), mais force est de reconnaître que c'est un pan de l'histoire de l'Antiquité qui a pratiquement disparu des mémoires.

Pour Islam Zian Alabdeen, quand elles se dressent sur les barricades au péril de leur vie, les femmes d'aujourd'hui à Khartoum réactivent en quelque sorte l'âme perdue de ces souveraines antiques, leur bravoure, leur force et leur courage. Ce royaume matriarcal de Méroé qui était à la croisée de plusieurs civilisations, la Grèce, l'Egypte et l'Afrique sub-saharienne, a laissé les traces d'une culture issue d'un syncrétisme entre la sagesse et la philosophie des Grecs anciens, les rites, les croyances et les symbôles animistes de l'Afrique. Il est une latence dans l'être-au-monde de tous les Soudanais, près deux millénaires après sa disparition. Et c'est cet ensemble de références, d'images et de formes évanescentes appartenant au passé, de signes et de symboles revitalisés par l'actualité brûlante de son pays, que l'artiste propose de fusionner dans cette œuvre, dans une démarche didactique et narrative dont il conserve le secret.


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